Dans un texte passé inaperçu, en 1965, André Leroi-Gourhan définit l’anthropologie comme science humaine en général, englobant toutes les autres sciences humaines dont la linguistique, la sociologie et l’ethnologie. Étrangement il n’évoque pas la psychologie.

« L’ethnologie est l’étude des personnes ethniques, c’est-à-dire ce qui fait qu’un groupe humain agit dans un espace et un temps comme un tout. » (André Leroi-Gourhan, 1965)

La psychologie orienterait son but sur l’étude de la personne humaine, il faut alors ajouter un déterminatif pour en spécifier les orientations diverses qui sont nées ses derniers siècles. La psychologie de la conscience étudie la relation de la conscience avec un tiers souvent imprécis, l’environnement, les états intérieurs déterminés par la physiologie. Au sein des différents courants de la psychologie, l’espèce humaine a longtemps été considérée comme l’aboutissement de la longue chaîne de l’évolution. Et la conscience vue comme l’attribut exclusif de l’espèce. Ce n’est que dans le courant des ces 50 dernières années que cette hypothèse a été mise en doute.

Jusqu’aux années 80, il existait trois grands courants de psychothérapie.

Si tous les courants de psychothérapie s’entendent pour affirmer que le processus thérapeutique doit restaurer les fonctions conscientes et leur permettre d’exister sans être altérées par l’impact excessif d’instances qui échappent au contrôle de la conscience – émotions, humeurs, angoisse, etc., tous ne s’entendent pas sur l’explication à donner à ces phénomènes.

Ainsi l’école psychodynamique suppose l’existence d’un tiers agissant en deçà de la conscience, parfois à son insu, parfois à son détriment. La psychanalyse a nommé cette instance inconscient mais, à travers son histoire, l’humanité lui a donné de multiples noms – le Ki, le Prana, l’Imagination agente, etc.

À des degrés divers cette interaction de la conscience avec des instances autres réinscrit la connaissance de la psyché humaine dans le courant biologique. (François Roustang, Influences, Minuit, 1991)

Ne doutons pas un instant que cela pose la question de l’origine de l’instinct mais c’est une autre histoire...

Ce classement a été fait sur la base de Les psychothérapies : approches plurielles, collectif coordonné par Alain Deneux, François-Xaviet Poudat, Thierry Servillat et Jean-Luv Vénisse, Masson éd., 2009.

A – Les thérapies dynamiques

Ce courant repose donc sur l’existence d’une dialectique opérant entre la Conscience et d’autres facteurs dynamiques.

On y trouvera, bien sûr, le courant psychanalytique fondé par S. Freud, pas seulement.

Nous ne devons pas oublier l’approche de C. G. Jung avec sa vision particulièrement dynamique de la psyché humaine et son approche des rêves, le courant de Winnicott, Mélanie Klein, l’approche rogérienne – Carl Rogers – ou reichienne – Wilhelm Reich. Cette dernière, loin de s’épuiser, a éclaté en de multiples courants qui intégreront progressivement des techniques et méthodes issues des découvertes d’autres cultures. Ainsi, depuis les années 70 cette branche spécifique n’a pas cessé d’enrichir la pratique clinique par des méthodes et des techniques en constant renouvellement.

La psychologie bio-dynamique de Gerda Boyesen, la psychologie de Pierre Janet, le psychodrame de P. Bour ont également apporté leur pierre à cet édifice.

Enfin l’ethnomédecine, sous l’égide de Georges Devereux intègre les pratiques des médecins et coutumes traditionnelles d’autres groupes ethniques. L’approche de l’ethnopsychanalyse qui vise l'amélioration de la prise en charge de patients migrants d'où qu'ils viennent peut être largement étendue à d’autres populations.

B – Approche Cognitivo comportementale

Ce courant prend naissance au XVIIIe s. et se fonde sur la volonté de dresser des modèles fiables des phénomènes psychiques. À partir de faits observables et contrôlés de manière expérimentale, les modèles iront en se complexifiant de plus en plus. Plusieurs voies furent explorées durant deux siècles mais c’est à l’aube du XXe s. que ce courant prendra son véritable essor. Du côté russe, les neurophysiologistes développeront une théorie générale des comportements humains.

En 1913, John Watson pose la psychologie comme la science des comportements humains, elle doit donc s’appuyer sur le raisonnement expérimental. Le béhaviorisme est né.

Dans les années 50 la psychologie cognitive s’affirme définitivement. Les psychologues et psychiatres construisent des stratégies thérapeutiques fondées sur l’observation de l’individu en interaction avec le milieu et vérifiées expérimentalement.

Les développements de la technologie et notamment les techniques d’imagerie médicales dotent ce courant de formidables dispositifs d’observation et de vérification.

Il est fort probable que le courant des thérapies dynamiques, une fois totalement débarrassé du dogmatisme encombrant de ses premiers temps, trouvera dans l’approche cognitive et neurophysiologique un appoint important.

C – Systémiques et stratégiques

Ce courant est, en première approche, très disparate et la présentation qui en est faite est sensiblement différente selon les auteurs. Comment associer l’hypnose, les thérapies familiales, les thérapies brèves, l’EMDR (eyes movement desensitization and reprocessing), les thérapies narratives, les thérapies provocatrices et les thérapies fondées sur des jeux ou des simulations (Jeux de rôles, psychodrame orienté action, etc.) ?

Elles reposent sur un fond commun, celui de la communication des êtres entre eux et de leur interaction au sein d’une histoire et d’un milieu. Autre facteur important, souvent oublié, la dimension historique ne se réserve pas seulement les zones du présent, elle propose également d’introduire un facteur d’anticipation voire de prévision. Les thérapies systémiques permettent à la personne de se représenter un futur possible, c’est ce qui va permettre à la pratique thérapeutique de dévoiler des nouveaux cadres de référence et d’élargir l’horizon de vie.

Ainsi l’hypnose eriksonnienne se rapproche bien plus de la transe des sociétés traditionnelles que de la présentation que l’on en fait souvent : sorte d’outil à remonter le temps et les souvenirs.

L’hypnose, telle que la concevait Milton Erikson, a pour objectif de faciliter un détournement de l’attention ordinaire vers des zones sensitives négligées ou ignorées. (Continuateurs en France : F. Roustang, M. B. Jacobsen)

Elle vise également à provoquer une dissociation élémentaire afin de laisser émerger spontanément des contenus psychiques que la conscience n’avait pas ou peu pris en compte.

L’association du thérapeute et de son patient est ici essentielle. Cette collaboration permet de faire émerger chez le patient d’autres formes d’alliance avec le réel que celles qu’il connaissait auparavant.

D – Les thérapies fondées sur les découvertes récentes des neurosciences

Association des thérapies

Même si chaque courant assume de manière préférentielle tel ou tel objectif – comportement, changement d’attitude, reconditionnement ou modification du système d’appréciation du patient – il apparaît de plus en plus que chaque école de psychothérapie tend vers des processus plus intégratifs et globalistes. L’ouverture vers l’éclectisme est un atout pour la recherche, dans le cadre de ce que certains praticiens nomment la « révolution pluraliste ».

Il serait préjudiciable pour le patient que le thérapeute s’enferme dans une seule forme de pratique ou de théorie.

Le processus psychothérapique traverse des périodes qui sont affectées en qualité et en rythme. Tout comme, chaque individu est soumis à des cycles que la chronobiologie a bien repérés, le processus d’avancée psychologique en terrain de découverte est soumis, lui aussi, à des cycles qu’il convient de repérer. Ces cycles ont une qualité spécifique et invariable : à certains moments, l’approche comportementaliste sera judicieuse et de nouveaux conditionnements pourront s’opérer. Puis, le processus semblera toucher des zones plus profondes de la psyché, des contenus archaïques feront leur apparition, parfois violemment et il faudra bien y faire face. L’approche dynamique est plus opportune à ce moment là.

Enfin, l’approche systémique, pour peu qu’elle soit bien gérée permettra d’anticiper et de prévoir.

On remarquera qu’à chaque phase de ces cycles, c’est l’entité humaine comme être global se trouve concernée : psyché, corps et environnement. Comme s’il s’agissait de formes différentes d’une même figure dont les représentations s’étendent sur plusieurs espaces.

E – Outils d’évaluation et d’anticipation

Ce bref tour d’horizon nous aide à comprendre que les outils d’évaluation et d’anticipation sont de toute première importance dans le processus thérapeutique.

Évaluation primaire dès la première consultation mais aussi possibilité d’anticipation à ce même instant, c’est ce que devrait pouvoir envisager un psychologue auquel une première demande de psychothérapie est faite. Il va sans dire alors qu’il devra, au moins, avoir connaissance des différents outils de psychothérapie, à défaut de les connaître tous. Le premier temps d’une psychothérapie est d’abord un temps de médiation qui doit permettre une orientation du patient et le choix d’une voie psychothérapique.

Puis, tout au long du processus d’autres outils d’évaluation et d’anticipation pourront être mis en place. Cela, chaque courant, chaque technique sait le faire mais, le plus souvent à l’intérieur de son propre système de théorisation et de pratique, pas dans l’interaction d’une technique à une autre.

L’avenir de la psychothérapie se jouera à ce niveau dans des temps proches. Cela ne manquera pas d’avoir des conséquences sur la formation des psychologues et des psychothérapeutes. (le titre de psychothérapeute n’existe pas en France)

F – Définition de la psychothérapie

Il n’y a pas de définition unique de la psychothérapie. Globalement, « c’est l’ensemble des moyens psychologiques qui peuvent être mis en œuvre dans un but thérapeutique » Pichot et Allilaire (2003) C’est une définition parallèle à celle de la thérapeutique médicale, elle s’appuie sur la différenciation classique corps/psychisme. Elle s’inscrit dans l’axe du cartésianisme dominant, cela ne veut pas dire qu’elle soit satisfaisante et globalement opérationnelle. Cela voudrait dire que l’individu se fractionnerait selon qu’il serait atteint d’un trouble repéré comme somatique ou selon qu’il s’agirait d’une perturbation psychique.

On peut cependant élargir la définition et nous appuyer sur ce qui fait le fond commun de la plupart des auteurs.

La psychothérapie a pour objectif de soulager les souffrances liées à une détresse psychique. Elle cherche à faire évoluer cette souffrance vers un mieux-être.

La psychothérapie s’appuie sur une ou plusieurs méthodes et un appareillage d’outils psychologiques – verbal, expressionniste, corporel, artistique, etc. – qui se distingue des autres moyens utilisés pas les thérapies médicales.

Le processus psychothérapeutique s’appuie sur des dispositions contractuelles qui délimitent la place du praticien, l’engagement de ce dernier en dialectique avec celui de son patient.

Le rôle principal d'un praticien, dans une psychothérapie, est de consolider les fonctions de la conscience, afin de donner à la personne les moyens d'affronter ses vérités, historiques et présentes, de lui permettre une meilleure intégration dans la vie de tous les jours, cela selon ses propres critères personnels (ceux du patient bien entendu)

Les praticiens contemporains s’entendent pour dégager des facteurs communs :

  • Accroître le sentiment d’efficacité personnelle ;
  • Maintenir, selon les besoin, le niveau émotionnel à un taux acceptable ;
  • Susciter et augmenter le désir de nouveaux comportements et des changements d’attitude ;
  • Par suite, faciliter de nouvelles expériences de vie et mieux affronter ce qui ne l’était pas auparavant
  • Faciliter l’implication dans le processus de la thérapie ;
  • Permettre une meilleure perception de soi, une plus grande sensibilité et l’auto-observation. Psychothérapies plurielles (2009)

On peut ajouter, en premier lieu et comme objectif primordial : le retour de l’estime de soi, support incontournable de la réédification du Moi.

La psychothérapie peut être associée à des soins psychiatriques, le plus souvent dans le cadre de pathologies lourdes ou très handicapantes. Elle fait alors l’objet d’une indication médicale contrôlée. Mais il arrive fréquemment, sans que la situation soit grave, que le recours à des prescriptions psychiatriques soit nécessaire. Ce sont des situations provisoires, qui ne laissent pas présager une décompensation psychotique mais la personne a besoin d’un soutien durant un temps et pour surmonter une période difficile.

Elle peut aussi procéder d’une démarche individuelle autonome qui ne nécessite pas une prise en charge lourde associée à des soins médicaux, ou bien de manière très épisodique et légère – insomnies passagères, troubles de l’anxiété non chroniques, troubles de l’appétit, etc.

Cadre juridique légal

Il va de soi que la multiplicité des méthodes, la diversité de l’offre mais aussi l’incertitude à laquelle se trouve confronté le public, en cas de besoin, impose un cadrage réglementaire et légal d’exercice garantissant la qualité des soins et protégeant des dérapages.

En France, ce cadre réglementaire est en débat depuis les années 70, depuis le « projet Anzieu ». C’est le projet du député Accoyer qui a été adopté, sans que soient levées les nombreuses ambigüités dénoncées par de nombreux praticiens. L’exercice de la psychothérapie est très encadré et contrôlé. Une inscription au fichier ADELI est obligatoire pour se prévaloir du titre de Psychologue clinicien.

Ajoutons enfin que le titre de médecin ou de psychiatre ne garantit pas la qualité de l’exercice de la psychothérapie alors que ces praticiens peuvent pratiquer des psychothérapies sans contrôle. Ces personnels médicaux ne sont pas formés à la pratique psychothérapique et, pour le psychiatre, c’est le plus souvent une démarche personnelle qui le conduit à suivre des formations spécifiques.

Normalisation ou guérison ?

Se pose maintenant la question de la psychothérapie comme instrument de normalisation. Les sociétés humaines se densifiant de plus en plus, l’espace de liberté personnelle semble se restreindre dans le même temps. En fait, il se dégage peu à peu une sorte de personnalité standard adaptée au monde où nous vivons. Chacun doit pouvoir offrir au regard commun cette image anonyme et interchangeable qui signe la « parfaite adaptation ». Derrière ce masque, chacun est libre de développer les talents, les vertus personnelles qu’il veut. Mais qu’en est-il alors du lien qui pourrait subsister entre le masque commun et cette personnalité individuelle, confinée dans les espaces intimes ? Ne se pose-t-il pas la question du décalage entre l’un et l’autre, voire d’une distorsion si grave qu’elle provoquerait une dissociation fatale à l’équilibre général de la psyché ?

La réponse à cette question ne relève pas seulement de l’exercice de la psychothérapie mais il s’agit d’un problème bien plus vaste, un défi lancé à nos sociétés contemporaines. Comment l’individu peut-il trouver un sens à sa vie, un plaisir légitime à participer à l’histoire du groupe social auquel il appartient, dans une société qui semble de plus en plus broyer les individualités, les cellules traditionnelles d’épanouissement de la fantaisie et de l’inventivité ?

La question n’est pas nouvelle, elle faisait déjà débat au début de XXe siècle. Jung et Freud s’entendaient pour dire que plus une société se densifie, plus les règles et les lois qui la structurent et l’organisent génèrent des névroses – à entendre ici au sens ancien du terme.

Autres informations

On lira avec profit le dossier : La psychothérapie en Francepar Serge Ginger, Secrétaire général de la Fédération Française de Psychothérapie (FFdP)

Le numéro spécial de Sciences humaines : Grands Dossiers N° 15 - juin-juillet-août 2009 - Les psychothérapies