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Le Syndrome d'aliénation parentale

SAP

créé par La Rédaction du site - le 08/09/2015


Un bien triste instrument de défense

 

Le syndrome d’aliénation parentale, concept opportuniste pour avocats opportunistes, masque une réalité profonde du tissu ethnographique de nos sociétés européennes, le déni des maltraitances sexuelles intra-familiales.
La récente affaire du rejet de la loi modifiant la définition du harcèlement sexuel, le même rejet de la loi sanctionnant l’inceste, ne sont que des avatars de ce déni.

Alors que des inconnues fondamentales demeurent, non seulement sur la nature même de ce concept, mais également sur l’étiologie, les critères de diagnostic, l’étendue et le traitement, un lobby de plus en plus actif essaye d’introduire le « syndrome d’aliénation parentale » (SAP) et/ou « aliénation parentale » dans la sphère judiciaire, en multipliant colloques et « formations » de magistrats et autres personnels judiciaires.

 

Comment expliquer le succès d’une théorie si défaillante et dangereuse ?

Le SAP est un concept séduisant pour des spécialistes non formés ou insuffisamment formés aux conséquences du divorce sur les enfants, et qui y trouvent une explication simple et facile, certains disent « simpliste », pour expliquer ou justifier tout problème de contact entre un parent et son enfant. Par ailleurs le mot « syndrome », comme nous l’avons vu ci-dessus, laisse à penser qu’il s’agit d’un état pathologique qui serait scientifiquement prouvé et repérable, ce qui n’est pas le cas en l’espèce. Gardner n’a jamais soumis ses thèses à la moindre évaluation scientifique, mais ses travaux ont bénéficié du prestige que procure le titre de « Professeur d’université » qu’on lui accole régulièrement mais indûment. En effet, et contrairement à ce qui est affirmé, il n’était pas « professeur de psychiatrie » à la faculté de médecine de l’université de Columbia, ce qui en aurait fait un membre permanent de cette université habilité à l’enseignement et la recherche. Il n’y bénéficiait que du titre de « professeur clinique de psychiatrie », qui est un titre purement honorifique accordé par les facultés américaines à des médecins cliniciens qui permettent à des étudiants de venir assister à leurs consultations (Hoult, 2005 ; Bruch, 2006). De son propre aveu, Gardner n’y a consacré comme bénévole qu’un à 2 % de son temps. Ses revenus provenaient essentiellement de sa pratique d’expert près des tribunaux, pratique consacrée au « syndrome d’aliénation parentale » dans la défense d’hommes accusés d’abus sur enfant. Sa théorie n’ayant jamais fait l’objet de publications scientifiques, il avait créé pour la faire connaître et la diffuser, sa propre maison d’édition, Creative Therapeutics, qui commercialisait tous ses livres à compte d’auteur. Il avait également créé un site Internet pour la promouvoir et proposer ses services en tant qu’expert et formateur. D’autre part, le SAP mettant en cause essentiellement les mères, il représente un formidable système de défense en ce qu’il dédouane tout père refusé par son enfant d’une remise en cause de son propre comportement. Des hommes regroupés en associations de droits des pères, ou ceux qui les soutiennent, ont vu l’intérêt qu’il y avait à en faire une large promotion, soit pour réfuter toute allégation de violence ou négligences faite à leur encontre, soit pour exiger la garde alternée présentée comme seul moyen de prévention, ou la garde totale des enfants. Ils renvoyaient vers le site de Gardner jusqu’en 2003 (année où Gardner s’est suicidé en se lardant de coups de couteau). En 1999, le chercheur Hayward affirmait que les allégations d’aliénation pouvaient être un facteur judiciaire efficace pour les pères, et le docteur en droit J. Hoult note que la majorité des articles de recherche en droit sont très critiques à l’égard du SAP, les auteurs de ces articles le décrivant « comme une stratégie de défense pour les pères auteurs de violences, permettant à ces hommes d’inverser les rôles, de rejeter la faute sur les mères et de se servir du SAP comme d’une preuve leur permettant de se protéger des accusations d’agressions portées contre eux » (Hoult, 2006). Dans un mémoire présenté en 2001 à Munich, J. Johnston, professeur au Département d’Études judiciaires à l’Université San Jose de Washington, connue internationalement comme spécialiste des divorces hautement conflictuels, considérait elle aussi que l’étiquette SAP était une stratégie judiciaire à la mode qui ramenait à la guerre des sexes en dressant les pères contre les mères