Le cliché du Bad boys
"Et si les 'Bad boys' n'étaient pas si attirants ? Et si leur comportement toxique était dangereux ?
Déconstruire le mythe des relations toxiques, des écrans de cinéma aux réseaux sociaux, pour mieux lutter contre les violences psychologiques
Dès les années 1990, l’archétype du “Bad boy” ou mauvais garçon séduisant envahit le petit écran.
Qui n’a jamais rêvé d’être à la place de la petite copine dans un film de romance, elle sort avec le plus beau garçon du lycée. Le garçon est beau, mais il est souvent tourmenté par son passé, ce qui fait de lui un briseur de cœur. Pour autant toutes les filles sont folles de lui, comment l’expliquer ?
Pourquoi les Bad boys fascinent-ils autant ?
Les Bad boys que ce soit dans les livres ou même dans les films dont ils s’inspirent directement ont pratiquement tous les mêmes caractéristiques. Ils sont, comme dit auparavant souvent très beau physiquement ce qui dans nos stéréotypes implique une certaine musculature symbole de virilité. Ces hommes sont également très riches, millionnaires ou milliardaire ils roulent dans de belles voitures, …. Le point commun que partagent tant de personnages, c’est leur passé sombre, il justifie d’ailleurs souvent leur comportement par ces problèmes passés.
La surreprésentation des couples toxiques dans les séries / films / livres quand l’amour passionnel devient une normalisation de la toxicité
Les "couples goals" : un modèle de perfection trompeur
Parlons donc des “couples goal”, ce sont des couples qui comme le signifie leur nom représente une forme de perfection, pour certaines jeunes filles en particulier, il s’agit d’un modèle, voire d’un objectif de vie. “Avoir la même relation que Chuck et Blair dans Gossip Girl c’est mon objectif”, “Une relation comme Hardin et Tessa ou rien”, des commentaires que l’on peut facilement trouver sur les réseaux sociaux. Ces couples sont pourtant une représentation de la toxicité, poussé à son paroxysme, prenons l’exemple du couple de Blair et Chuck dans la série américaine Gossip Girl sortit en 2007. Chuck un riche héritier, propriétaire d’un hôtel entame dès le lycée une relation amoureuse avec Blair une jeune femme très riche. Chuck est néanmoins un personnage problématique dès le début de la série, ou il manque à deux fois de violer des jeunes filles dont la meilleure amie de Blair. De plus, ce dernier n’hésite pas à se montrer violent envers cette dernière, lorsque quelques saisons plus tard, elle lui annonce ses fiançailles, pris de rage il frappe dans le mur au-dessus de sa tête et la blesse en passant à l’avant-bras. Pourtant malgré ce comportement toxique et dangereux Chuck demeure l’un des personnages les plus aimés de la série, le couple qu’il forme avec Blair continue de faire rêver.
Un autre couple plus que toxique, celui formé par Tessa et Hardin dans la saga de livres et de films After. Là encore le personnage d’Hardin est le stéréotype du Bad boy, il est mystérieux, beau, riche, et il traîne derrière lui un passé plus que sulfureux ainsi que sombre. Ce dernier rencontre Tessa à l’université, une jeune femme sans problème, celle-ci se retrouve attirée par ce dernier. Le couple ne fait pourtant pas rêver au fur et à mesure des livres et des films on découvre un Hardin alcoolique, qui est souvent en proie à de grave crise de nerf, jaloux et possessif. Des couples comme cela, les plateformes de streaming et les librairies en sont pleines, pour ne citer que quelques exemples, nous pourrions évoquer : À contre sens, trois mètres au-dessus du ciel, Twilight ou encore 365 jours. Ces films, séries et livres ont donc tendance à illustrer cette tendance à banaliser, voire à érotiser, des dynamiques abusives (séquestration, manipulation, violence psychologique).
Les mécanismes d'attraction dans les fictions romantiques
Ces récits exploitent plusieurs leviers pour séduire le public :
- L'esthétique sexy des personnages (acteurs·ices séduisant·es, tension sexuelle mise en scène) ;
- Le mimétisme : les spectateurs·ices s'identifient à des héros·ines capables de « sauver » un partenaire torturé (syndrome de l'infirmière) ;
Un syndrome qui décrit une tendance à se surinvestir émotionnellement dans les relations en aidant excessivement les autres, souvent au détriment de soi-même. Cela se manifeste par un besoin de reconnaissance, des difficultés à dire non, et une négligence de ses propres besoins, pouvant entraîner de l'épuisement ou des relations déséquilibrées.
- La dramatisation : les conflits et souffrances sont perçus comme preuves d'un amour « fort » et « passionnel », renforçant l'idée que la toxicité est synonyme d'intensité émotionnelle. Cela met en lumière une culture où la toxicité est perçue comme une preuve d'amour "fort" ou "passionnel", normalisant ainsi la violence dans les relations. Cette vision, influencée par des représentations médiatiques et des normes sociales, pousse notamment les filles à accepter ou rechercher des comportements abusifs, en les interprétant comme des signes d'intensité émotionnelle. Socialisées à valoriser le sacrifice et l'intensité, elles peuvent intérioriser l'idée que souffrir fait partie de l'amour. Ce phénomène perpétue un cycle de violence, avec des conséquences psychologiques graves. Pour y remédier, il est essentiel de promouvoir des relations saines, de déconstruire les stéréotypes et d'éduquer à l'égalité et au respect.
La confusion entre passion et toxicité normalise la violence dans les relations, incitant certaines filles à la rechercher. Combattre cette culture nécessite éducation et déconstruction des stéréotypes.
Le mythe du changement : sauver le Bad boy par amour
Il y a enfin ce mythe subsistant, que la jeune fille réussit à faire changer son Bad boy de petit copain en quelqu'un de bien. Un schéma qui demeure, en réussissant à faire changer le garçon, elle le “sauve”, renforçant l’idée que l’accomplissement féminin passe par la transformation d’un homme via l’amour et la persévérance. Il y a donc des points clés :
- La dynamique du sauveur : Les récits présentent une relation où la femme, bien qu’apparemment émancipée (par sa sexualité ou sa rébellion), finit par réintégrer un schéma traditionnel : fidéliser le Bad boy et le convertir à une relation « normée » (engagement, mariage).
- Critique de la misogynie : Ce trope perpétue une vision patriarcale où la femme ne s’accomplit que par son rôle conjugal ou maternel, son arc narratif étant centré sur son influence sur l’homme.
- Exemples médiatiques :
- Dans Gossip Girl , Blair est valorisée pour avoir « changé » Chuck, symbole du « Bad boy » racheté par l’amour.
- Dans After , Tessa est vue comme celle qui sort Hardin de ses « ténèbres », même si son comportement abusif est minimisé.
La critique croissante des schémas toxiques
Si certaines fans défendent l’« évolution » des personnages masculins, d’autres critiques dénoncent la toxicité de ces schémas, qui idéalisent la souffrance et le sacrifice féminin au nom de l’amour. Le mythe du Bad boy, bien que présenté comme transgressif, renforce des stéréotypes sexistes en liant l’émancipation des femmes à leur capacité à « dompter » un homme, perpétuant une vision réductrice des relations amoureuses.
Une influence sur les jeunes-filles
Pourquoi les jeunes filles rêvent-elles de Bad boys ?
Les raisons psychologiques derrière l’attraction
Il en demeure que ces films, séries et livres promeuvent des histoires d’amour toxique, mais il demeure ce désir chez les jeunes filles de vivre la même histoire d’amour que les personnages qu’elles adulent. Les jeunes filles se sentent plus attirées par les “Bad boys”, mais alors pourquoi ? Par définition le Bad boy est indépendant, sans attachement et contraintes ce qui le rend d’autant plus mystérieux et donc attirant. Plusieurs points psychologiques font que les jeunes filles se sentent attirer par les “Bad boys” :
- Curiosité et transgression : Séduire un Bad boy est vu comme un jeu excitant, un défi consistant à « amadouer » un homme perçu comme inaccessible, renforçant une image traditionnelle de la virilité.
- Projections psychologiques : Certaines femmes, influencées par un complexe d'Œdipe non résolu ou une histoire familiale marquée par un père « Bad boy », reproduisent ce schéma par attirance pour l'interdit.
- Logique à court terme : L'objectif est souvent de conquérir l'autre, sans perspective d'engagement durable. Une fois l'excitation de la transgression retombée, le désir se tourne généralement vers des partenaires stables et bienveillants.
Les dangers d’une fascination non remise en question
Si le Bad boy incarne un fantasme de conquête et de danger, cette fascination masque également un besoin sous-jacent de sécurité affective, rarement comblé par ces relations éphémères. Les œuvres façonnent les attentes amoureuses, associant souvent passion et violence, au lieu de présenter des modèles sains. La fascination pour les "Bad boys" et les relations conflictuelles est ancrée dans des normes patriarcales et une dramatisation fictionnelle. Bien qu’humaine, cette fascination doit être questionnée pour prévenir les violences psychologiques et redéfinir les modèles amoureux.
Vers une redéfinition des modèles amoureux
Cependant, une prise de conscience émerge : des œuvres récentes tel que la série Euphoria dénoncent désormais ces dynamiques, et des fans réévaluent des couples culte (Chuck/Blair) sous un angle critique. Il est donc important de déconstruire ces mythes pour promouvoir des représentations plus saines et éviter la reproduction de schémas toxiques dans la réalité. Repenser les représentations amoureuses dans les médias. Éduquer à l’égalité et au respect pour prévenir les violences psychologiques. Encourager une culture où l’amour ne rime plus avec la souffrance.
Sources :
– Relations toxiques : on t’explique tout !
– Addiction : le mécanisme cérébral qui vous rend accro aux relations toxiques
– Le Bad Boy ou le fantasme de la relation toxique
– Le fantasme des relations toxiques : de la fiction à la vraie vie
– Comment les Bad Boys de séries perpétuent des schémas toxiques
– Pourquoi les séries et les films nous font désirer la violence ?
– Le Bad Boy est-il un homme toxique ?
– Pourquoi il est important d'arrêter d'idéaliser les bad boys dans les comédies romantiques ?
– Pourquoi les femmes craquent pour les bad boys
– Les sortilèges de la Dark Romance : Danser avec la violence au Nom de l’Amour