Le post de protéger l'enfant sur LinkedIn a beaucoup fait réagir. Il retranscrit les paroles inappropriées de professionnels du social, de la santé ou des forces de l’ordre envers les victimes de violences sexuelles.
C'est un véritable florilège de réactions de professionnels dont le rôle serait, on le penserait ainsi, 'accueillir et protéger les victimes.
Nous ouvrons ce florilège à vos propres récits, vous pourrez y apporter vos contributions dans les commentaires.
Dans l'état actuel d'arriération de l'accueil des victimes on se demande quoi faire, comment faire pour que les consciences s'éveillent.
Voici quelques uns de ces discours !
- Juge des enfants : « si vous étiez une bonne mère vous aurez subi le viol de votre ex-mari sans hurler et sans réveiller vos enfants ». D’après le témoignage de cette mère, sa fille a vu la scène de violences et selon la juge « vous n’avez subi qu’une tentative de viol ». L’agresseur a reconnu les faits et il est reparti avec le conseil de soigner sa dépendance à l’alcool. Quant à la victime, elle a reçu un avertissement et un rappel sur son obligation de protéger ses enfants ;
- Assistante sociale : « une petite tarte de temps en temps ça ne fait pas de mal » a-t-elle dit à des parents maltraitants ;
- Psychologue : « Ben vous êtes avec un homme colérique, et quand il vous dit de vous taire, vous insistez, et ça vous étonne qu'il vous ait étranglée ? » ;
- Assistante sociale à l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) : « Ce qui est dangereux, c’est que vous aimez trop votre fille, il va falloir casser un peu ce lien » ; (Un leitmotiv dans les affaires de protection de l'enfance. NDLR)
- Psychologue à l’ASE : « Il faut comprendre qu’un enfant a aussi une sexualité. Vous savez, Monsieur a une masculinité très affirmée et votre fille peut fantasmer les actes sexuels avec son père, ce qui explique les irritations vulvaires » ;
- Enquêtrice de la brigade des mineurs : « Vous êtes vieux, vous habitez loin de vos parents, vous ne souffrez plus, donc ne relancez pas ! Cela n'est pas prioritaire, on a des urgences. » Dit à un jeune adulte victime d’inceste ;
- Un agent de l’AVVEJ (Association Vers la Vie pour l’Education des Jeunes) : « Madame, si vous continuez à alimenter le conflit en dénonçant les violences, nous n’aurons pas d’autre choix que de protéger les enfants en les plaçant. » ;
- Une enquêtrice de la brigade des mineurs : « Monsieur vous a agressée ? Surtout ne portez pas plainte ! C'est pour vous que je dis ça, dans votre intérêt, c'est déjà compliqué comme affaire, si vous portez plainte encore, vous allez alourdir le dossier à votre encontre ! » ;
- Un psychiatre lors de son premier rendez-vous a demandé à sa jeune patiente si elle était travailleuse du sexe (alors qu’elle ne parlait pas de ça ni fait cette profession). Il regardait intensément son buste lors de la séance et parlait souvent de sa tenue ;
- Une jeune fille de 15 ans ayant accouché d’un enfant issu d’un viol, les policiers de la brigade des mineurs ont fait culpabiliser sa mère car la jeune victime ne savait pas ce que c’était une fellation et une masturbation ;
- Une éducatrice spécialisée insiste pour garder le lien entre un enfant et son père. Son père étant violent physiquement et sexuellement envers la mère ; (Propos très fréquemment entendus. NDLR)
- Une équipe de direction, lorsque le sujet de violences sexuelles est abordé : « il y a aussi des fausses accusations faut s’en méfier » ;
- Une pédopsychiatre experte auprès des tribunaux : « est-ce que vous avez joui au moins ? » c'est la question qu'elle pose à une jeune fille de 12 ans ayant subi des viols par son père. Elle était chargée d'une expertise de la jeune victime à la demande du Juge des Enfants.
Les victimes rapportant de tels propos violents sont très nombreuses. Former les professionnels de santé, du social et les forces de l’ordre au psychotraumatisme, aux violences sexuelles, aux violences conjugales et à l’inceste est une urgence pour une meilleure prise en charge des victimes.
Voici quelques réponses à ce post :
Emmanuelle Goby
Avocate
Je valide tout, sauf la tête de monstre 🤡. Ni clowns, ni monstres, des humains qui pensent qu’ils savent, font bien et disséminent la violence « institutionnelle »
La loi n°2022-140 du 7 février 2022 (art. 23) a crée l’article L119-1 du Code de l’action civile et des familles qui prévoit que :
« La maltraitance au sens du présent code vise toute personne en situation de vulnérabilité lorsqu'un geste, une parole, une action ou un défaut d'action compromet ou porte atteinte à son développement, à ses droits, à ses besoins fondamentaux ou à sa santé et que cette atteinte intervient dans une relation de confiance, de dépendance, de soin ou d'accompagnement. Les situations de maltraitance peuvent être ponctuelles ou durables, intentionnelles ou non. Leur origine peut être individuelle, collective ou institutionnelle. Les violences et les négligences peuvent revêtir des formes multiples et associées au sein de ces situations. »
Sandrine Juillard
Senior Bilingual Executive Assistant, répond à Emmanuelle Goby
Merci, Maître, pour ce partage intéressant et instructif.
Il convient de rappeler qu'un Code de déontologie des psychologues existe, dans lequel on peut lire notamment que :
« Le respect de la personne dans sa dimension psychique est un droit inaliénable. Sa reconnaissance fonde l'action du psychologue.
Le respect de ces règles vise à protéger le public des mésusages de la psychologie.
Le respect du présent code de déontologie repose sur une réflexion éthique et une capacité de discernement dans l’application et le respect des grands principes suivants :
Principe 1 : Respect des droits fondamentaux de la personne.
Le psychologue réfère son exercice aux libertés et droits fondamentaux garantis par la loi et la Constitution, par les principes généraux du Droit communautaire et par les conventions et traités internationaux. Il exerce dans le respect de la personne, de sa dignité et de sa liberté. »
Une abonnée Belge rapporte qu'il en est de même en Belgique.
Qu'il en soit de même en Belgique et dans d'autres pays européens n'a rien d'étonnanr car la persistance des ces arriérations morales découle d'un problème de civilisation.
Certes, on peut évoquer le manque de moyens, la pauvreté des formations, un cadre législatif insuffisant, sur le terrain, la conduite des éducateurs, des policiers et des juges repose sur des préjugés archaïques qui accordent la primauté au père et au masculin. Tandis que la femme demeure encore, hélas, associée à la figure de la dévoreuse hystérique.
Voir notre article Le viol, une arme de maintien de l'ordre. Nous sommes en présence d'une violence systémique car l'Institution se rend complice de négligence, parfois de complicité de crime – viol, inceste, coups et blessures.
Pour juger à quel point cette complicité par négligence est ancrée dans les esprits apprécions les propos de Christophe Régnard, secrétaire national de l’Union Syndicale des Magistrats (USM, majoritaire).
Réagissant à la généralisation récente, à partir de juin 2008, de l’enregistrement vidéo des gardes à vue et des auditions chez le juge d’instruction dans les affaires criminelles (hors terrorisme et associations de malfaiteurs), Christophe Régnard, explique pourquoi il y est hostile. Ses arguments sont purement techniques, pas un seul en rapport avec les victimes, pas un mot d’éthique. « C’est parce que cette réforme est superflue et coûteuse, surtout dans le cas des auditions chez le juge d’instruction : un avocat et un greffier sont systématiquement présents. Pourquoi ajouter une caméra ? Elle présente aussi des limites d’ordre déontologique. On sait très bien que des aveux filmés, même si le suspect se rétracte ensuite, auront beaucoup plus d’impact lors d’un procès que des aveux écrits. » (Sur le site de ‘20minutes’, https://is.gd/w32Hxt)
On a bien lu ! Ce juge considère que les aveux filmés ont plus de poids que des aveux écrits, c'est pourquoi il serait superflu de filmer les auditions. Question d'ordre déontologique, ajoute-t-il.
On en reste sidéré !
Le juge d'instruction a pour mission, dans une enquête judiciaires en matière pénale, de rechercher les indices pour établir la culpabilité ou l'innocence de la personne soupçonnée d'avoir commis une infraction ou un crime.
La mission première du juge n'est-elle pas de rendre justice dans le cadre du droit. Les juges sont ainsi chargés d'analyser et d'interpréter les lois pertinentes et de les appliquer aux faits qui leur sont soumis ?
Quel mobile déontologique empêcherait un juge d'instruction d'accomplir sa mission comme la loi l'y autorise. Pourquoi se priver d'un outil judiciaire fiable et validé par le législateur ? On ne comprend pas bien cette absurde "mobile déontologique". En matière de droit les règles sont claires !
Mais peut importe, la mauvaise foi tient lieu d'expertise. On comprend que, pour ce juge et ceux de son syndicat, les auditions filmées seront malvenues, voire empêchées. D'où les si fréquentes pannes de caméras qui afectent les hotels de police.
Sources :
https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7120006292789702657/