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Le pardon après une violence : une possibilité ou une illusion ? Regard sur Je verrai toujours vos visages

créé par Marie Carolle Marcelin - Dernière modification le 18/03/2025


 

 

 

 

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Le pardon est une notion complexe, fréquemment interrogée dans les dynamiques de résilience et de reconstruction post-traumatique. Son processus, souvent envisagé comme un levier thérapeutique, soulève des enjeux psychologiques, sociaux et philosophiques majeurs. Le film Je verrai toujours vos visages (2023) illustre avec finesse les mécanismes de la justice restaurative, interrogeant ainsi la pertinence du pardon dans le cadre des violences subies. 

 

La justice restaurative : un cadre thérapeutique structuré 

 

Dans Je verrai toujours vos visages, les protagonistes—victimes et auteurs d’infractions—participent à des rencontres encadrées par des praticiens spécialisés en justice restaurative. Ce dispositif, encore en développement en France, vise à offrir un espace de parole sécurisant où les victimes peuvent exprimer leurs ressentis face à des auteurs d’infractions, parfois similaires à ceux qu’elles ont subis. 

D’un point de vue clinique, ces échanges ne visent pas directement le pardon, mais plutôt une forme de validation émotionnelle et de reconnaissance des préjudices subis. L’expression verbale des émotions, encadrée par des médiateurs spécialisés, favorise la réappropriation du vécu et peut contribuer à une meilleure intégration du trauma. Toutefois, chaque individu réagit différemment à ces rencontres : certains y trouvent un soulagement, tandis que d’autres ressentent une amplification de leur souffrance. 

 

Le pardon : une dynamique multifactorielle et différenciée 

 

Le pardon est souvent conceptualisé comme un processus subjectif, influencé par des variables intrapsychiques et contextuelles. Il est essentiel de distinguer plusieurs formes de pardon : 

  • Le pardon intrapsychique : un travail personnel sur la libération des affects négatifs, parfois indépendant d’un échange avec l’agresseur. 

  • Le pardon interpersonnel : impliquant un dialogue avec l’auteur des violences, souvent associé à la justice restaurative. 

  • Le pardon imposé : qui peut être une injonction sociale délétère, renforçant la culpabilité des victimes. 

La littérature en psychologie clinique indique que le pardon peut être un facteur de résilience, mais ne saurait être universellement applicable à toutes les trajectoires traumatiques. Certains individus trouvent dans le pardon un moyen d’alléger leur charge émotionnelle, tandis que d’autres y voient une négation de leur souffrance et une minimisation des actes subis. Il est essentiel de reconnaître ces différences et d’adapter l’accompagnement en conséquence. 

Le film illustre bien cette pluralité d’approches. Certains personnages trouvent un apaisement dans la confrontation verbale, tandis que d’autres réaffirment leur refus de pardonner, revendiquant ainsi leur droit à une justice réparatrice sans absolution. 

 

Accompagner sans injonction 

 

L’approche thérapeutique repose sur l’écoute et la validation du vécu des victimes, sans promouvoir de modèle unique de reconstruction. Les interventions psychologiques doivent s’appuyer sur des cadres théoriques intégratifs, tenant compte des particularités de chaque survivant(e). 

Les groupes de parole permettent d’explorer diverses dimensions du trauma : gestion de la colère, acceptation de l’événement, construction identitaire. La question du pardon peut y être abordée, mais jamais sous la forme d’une prescription. L’objectif est de permettre à chaque individu de se réapproprier son histoire, sans pression sociale ou thérapeutique. 

Dans une démarche clinique, il est essentiel d’offrir aux patients un espace où différentes formes de résilience peuvent être envisagées. Certains choisiront d’intégrer le pardon comme une étape de leur reconstruction, tandis que d’autres préféreront axer leur travail thérapeutique sur d’autres formes de transformation émotionnelle. 

 

Les dimensions psychologiques du pardon 

 

Le pardon ne constitue pas un processus linéaire et ne peut être réduit à une simple décision cognitive. Il engage plusieurs dimensions : 

  • Émotionnelle : ressentiment, colère, tristesse, soulagement. 

  • Cognitive : remise en question des schémas de pensée liés à l’événement traumatique. 

  • Comportementale : engagement dans une action de réconciliation ou, au contraire, distanciation avec l’agresseur. 

  • Sociale et culturelle : influence des valeurs, normes et attentes sociétales sur le processus de pardon. 

L’approche thérapeutique doit tenir compte de ces variables et ne jamais encourager un pardon précipité, qui pourrait être vécu comme une nouvelle forme de violence psychologique pour la victime. 

 

Vers une compréhension nuancée et éthique du pardon 

 

Le pardon ne peut être perçu comme une prescription thérapeutique systématique. Il constitue un processus hautement subjectif, influencé par des facteurs individuels, familiaux et socioculturels. Le film Je verrai toujours vos visages propose une réflexion nuancée sur ce sujet, illustrant la diversité des trajectoires post-traumatiques. 

Dans une perspective clinique, l’objectif demeure d’accompagner chaque victime dans son cheminement, en respectant son rythme et ses choix. Que le pardon soit ou non intégré dans ce processus, l’essentiel est d’assurer un cadre thérapeutique favorisant l’autonomie psychique et la résilience. La posture du clinicien doit rester neutre et bienveillante, en évitant toute forme d’injonction au pardon qui pourrait être perçue comme une invalidation du vécu traumatique. 

Entre choix personnel et cadre thérapeutique 

 

Le pardon après une violence reste une question éminemment personnelle et clinique. Il ne peut être un objectif imposé dans le cadre thérapeutique, mais doit être envisagé comme une option possible, à la discrétion de la personne concernée. L’apport du film Je verrai toujours vos visages est précieux en ce qu’il met en lumière la diversité des ressentis et des parcours, invitant à une réflexion plus large sur la justice restaurative et ses implications psychologiques. 

En tant que professionnel de la psychologie, comment percevez-vous le rôle du pardon dans le travail de reconstruction ?  

Estimez-vous qu’il puisse être un levier thérapeutique bénéfique, ou au contraire, qu’il faille éviter d’aborder cette question dans certaines circonstances ?  

Vos retours sur cette thématique sont précieux et enrichissent la réflexion sur les différentes voies possibles vers la résilience. 

L’étude de ces processus nous rappelle que le travail thérapeutique doit avant tout respecter le rythme et la volonté des victimes. La pluralité des parcours de reconstruction impose une approche individualisée, prenant en compte les spécificités psychologiques et contextuelles de chaque individu. 

 

Sources  

Je verrai toujours vos visages - Film 2023 - AlloCiné 

 

Je verrai toujours vos visages — Wikipédia 

 

https://www.bing.com/search?q=je+verrai+toujours+vos+visages&form=ANNTH1&refig=8012a828566d4009acc0378185b83b2e&pc=U531&pq=je+verrai+toujpurs&pqlth=18&assgl=30&sgcn=je+verrai+toujours+vos+visages&qs=MB&smvpcn=0&swbcn=10&sctcn=0&sc=10-18&sp=1&ghc=0&cvid=8012a828566d4009acc0378185b83b2e&clckatsg=1&hsmssg=0 

 

https://youtu.be/eq3py0LHqD8 

 

 

Institut Français pour la Justice Restaurative 

 

La justice restaurative de par le Monde. Par Sonia Bernonville, Avocate.